POISSON

CHOIX CORNÉLIEN

TEMPO : quotidien
ESPACE : à soi
FLUX : indécis
POIDS : en rond
RELATION : solitudinale

Danse d’immersion dans l’activité du déménagement. Porter une tenue confortable.

LA DANSE COMMENCE

Commencer du centre de l’espace, dans la pièce définie comme étant celle du départ sur l’instant. Prendre un temps d’observation de l’autour en délimitant chaque contour du simple bibelot au grand buffet ancien. De style ou d’époque, visualiser ce que vous mettrez dans la catégorie « qui reste », la catégorie « qui part », celle « qui est donné aux voisin.e.s », « qu’on aime encore un peu, mais qui n’ira pas du tout », « qu’on va casser dans le transport » – d’ailleurs, ça coute combien un camion ? -, la catégorie « qui ira très bien chez mon frère, ma soeur, Pierre, Jeanne ou Solange », celle du « ou est-ce que j’ai trouvé ça ? », du « je ne t’ai plus vu depuis 4 ans, mais tu m’es tellement indispensable », la « on pourra toujours en faire quelque chose » – note à moi-même, penser à prendre une table assez grande qui servira pour les collages, la couture, le crochet, la tapisserie, la vannerie ou tout autre activité que j’essayerais une semaine avant d’arrêter -, ne pas délaisser les catégories « moment nostalgique » et « essai de poterie » puis, retirer un cadre du mur. Mince, il faudra reboucher les trous et j’étais pourtant sûr.e d’être passé.e dérrière quand j’ai voulu repeindre la pièce.

Se figer maintenant sur l’épineuse question des livres. C’est beau, ça tient dans un rectangle de 15cm de profondeur, je les ai rangés par ordre alphabétique mais, c’est lourd, j’en ai lu combien ? Il y en a combien ? Prendre une pile et estimer le poids, je conseille pour ça de plier les genoux et de les prendre du sol, ne pas se pencher en verrouillant les jambes. Reposer et se pauser.

L’énigme de cette danse sera de trouver le moyen le plus adéquat, en cartons, en valises, en diable, à pousser, à porter à plusieurs – on doit donc peut-être être plusieurs -, à lancer, etc.., de transporter d’un point A à un point B, 643 livres. Toute solution est acceptée et peut être adressée par mail à l’adresse : unsignepourtoi@gmail.com.


MASSAGE ET OS, lue par Fyrial juste ici

TEMPO : structuré
ESPACE : une flaque
FLUX : gorgé
POIDS : lourd
RELATION : bétonnée

Danse hommage aux ostéopathes. Face à un mur.

LA DANSE COMMENCE

Comme pour chercher les points de tension, lever les mains vers le mur. Se reposer sur la surface. Appréhender le poids du corps que l’on amène jusque dans les paumes. Juger l’état des coudes et apporter fluidité si nécessaire en écartant et libérant le noeud-tension au centre de l’articulation. Affiner sa connaissance de cette prise osseuse, de sa particularité de sphère creuse dans sphère pleine ou sphère pleine dans sphère creuse. Lier cette préhension du mi-bras avec le reste du corps, du bout des doigts au bout des orteils en passant par l’épaule, la présence du dos, l’aplomb du bassin, l’enveloppe des viscères, la stature des genoux, la pince du haut du pied. À la manière du « cracking », générer une légère vibration des vertèbres. Se rappeler la structure de ces palets de corps et d’apophyses. Dans cette activation, mesurer les insertions de la toile diaphragme de ses appuis au rachis à son éventail thoracique. Reconnaitre sa présence à l’avant comme à l’arrière et traduire ce qui connecte les matières molles musculaires aux matières dures osseuses. Continuer la vibration, l’étendre dans le bassin et la tête. Les yeux se ferment, les mains toujours en contact avec le mur. Inventer un bruit à la résonance des frottements, chocs et libérations de l’intérieur. Composer, si l’on peut, une sorte de chant d’ambiance intime de dessous la peau. Pourquoi pas verbaliser, émettre mot sur la manière d’interpréter cette musique. Accentuer de nouveau la vibration, développer l’écho d’un tapé imaginaire sur la couche nue des os. Ne pas s’abandonner, affirmer son poids, assumer ses membres. Le rythme intense force une rupture des attaches des fémurs et des cubitus qui dans leur tombé retirent totalement l’autour du squelette. Ne reste plus que la colonne, la tête et le bassin dans l’action frénétique. On les visualise mouvés dans l’espace de deux mains qui se frottent. À force de micro mouvements dans le lien crâne-atlas, celui-ci est expulsé à l’arrière comme lorsqu’on réussit dans un geste désespéré à libérer un écrou coincé ou encore comme lorsqu’après plusieurs essais on dégaze un bocal en verre. Dans l’énergie de l’impact, le support du bassin est fragilisé, la forme restante – colonne-bassin – se voit, elle aussi, attirée vers le sol. Résister pour prendre le temps d’avaler totalement la chute. À l’arrivée, observer ce nouveau corps éclaté, déformé, mais stable et rester là, éperdu.e dans l’envie d’une prochaine séance. 


CORRESPONDANCE

TEMPO : tic-tac
ESPACE : vaste, trop grand
FLUX : curieux
POIDS : normal
RELATION : symétrique

Danse dans l’intention d’une longue attente. Prendre une valise ou tout autre objet roulant avec soi.

LA DANSE COMMENCE

Entrer dans l’espace d’un pas assuré. À mesure que la destination de l’arrivée se précise, trouver une patience au corps. S’assurer du confortable de la posture que je conseille au plus neutre. Malgré l’arrêt, activer les yeux comme dans l’envie de glaner quelques informations. Éprouver cette opposition jusque dans la sortie du fond de la gorge d’un long « R ». Reconnaitre l’agacement et l’attente de la situation. Poursuivre l’immobilité en se laissant traverser par les flux environnants, de l’autre vivant-animé au mort-inanimé, ne pas altérer les croisements, espérer des rencontres, témoigner des « au revoir ». L’un des pieds commence à taper le sol tandis que l’autre accueille le transfert du poids-voyageur. Alterner des regards dans toutes les directions. Les cervicales alors se délient et appellent le buste entier à suivre ces accents pétillants de trajectoires aléatoires. Soudain, une voix d’un timbre familier définit un prochain point dans l’espace. Trouver à sortir de la patience en prenant garde aux intervalles. Tirer derrière ou pousser devant soi l’interprète roulant. On invente, pour joindre les deux étapes dans l’espace, un déplacement continue dans l’assise du bassin et un goût pour les relais entre articulations. S’imaginer dédoubler sa présence pour apparaitre comme une horde en geste. Choisir un chiffre entre 1 et 12 et déployer cette fourchette sur une longue ligne que nous définissons comme un quai. Dans l’ascension, l’espace se vide des présences dédoublées. Lorsque moment de sortir est annoncé, jeter une fois les yeux vers le trajet parcouru, inspirer et soulever le corps dans un saut, chevilles et mains jointes. Bien penser à partir d’un généreux plié des genoux, deux pieds au sol pour éviter toute blessure. 


AU BAIN

TEMPO : rapide
ESPACE : deux espaces clôturés, délimités
FLUX : abyssal, longiligne
POIDS : léger
RELATION : séduction

Pour cette danse, attraper un savon trempé. Les mouvements sont expansifs, les articulations élastiques. Être nu et en salle de bain de préférence. Délimiter avec une serviette l’espace du « bain » et son extérieur. La danse s’accompagne de bruit de sucions ou de gargarisme.

LA DANSE COMMENCE

Dans l’extérieur du bain. En appui sur la jambe droite, les bras cherchent à s’enrouler autour du tronc. Une légère oscillation donnée par le gros orteil intervient. Les yeux cherchent à s’éloigner, la vision est à 360. Il est possible de faire des petits sauts sur la jambe. Après un moment, descendre jusqu’au sol en gardant l’oscillation, et engager une traversée de l’espace jusqu’au bain. Se frotter les écailles contre les parois, donner son poumon gauche à voir et calmer progressivement l’oscillation. Faire jaillir les bras vers le haut tout en activant l’eau, les gouttes tombent sur toute la surface du dos. Remonter en un soubresaut et commence sa routine de lavage, sans négliger les angles.