LION

AU CENTRE

TEMPO : inconstant
ESPACE : linéaire
FLUX : rêche
POIDS : déplacé
RELATION : nouvelle

Danse en musique, du choix de l’interprète. En place au centre de l’espace.

LA DANSE COMMENCE

Joindre les poignets dans un face à face et amener la forme jusqu’au-dessous menton. Au toucher, laisser les mains de toute leur surface, épouser les joues, voir au delà. Placer spécifiquement les pouces en dessous de la mâchoire inférieure. On tente de coller les coudes pour indiquer à la tête un dépôt dans l’appui. Les dents se superposent sur les côtés et s’épousent avant arrière sur le haut et le bas. Ne pas trop rétrécir la distance nez-sternum. Les deux doigts nichés au cou sont mobilisé par l’interne du coeur dans son battement. Il se peut que le corps se mette à tanguer légèrement. Fermer les yeux et laisser aux pensées le plaisir d’attirer toute attention.

La suite est libre, mais je me permets de vous renseigner mes propres stimulations. Je m’imagine transporté dans un tout autre endroit tant que celui-ci respecte mon envie d’ailleurs. J’entends, au loin, un sifflement qu’il m’est impossible d’assimiler à une quelconque chose connue. Je me rends compte alors ne plus rien voir qu’une épaisse obscurité. Une sensation d’accélération, un chercher autour improvisé et l’insécurité pour ce qu’elle me dit sur l’instant, d’une irrépressible envie de me lancer dans une course. Pour l’amour de la vitesse qu’égale selon moi l’idée d’être soulevé de la main d’un géant et agité en drapeau comme – finalement – dans la plus terrifiante des attractions. Un jeté donc mais, comme si je savais que dans cette frénésie on viendrait me rattraper et qu’on m’annoncerait que toutes les réponses aux plus grandes questions de l’existence ont été trouvées. Je serais alors, je suis sûr, partagé entre l’immense soulagement et la curiosité de ne pas réussir à projeter un futur. Le téléphone sonne.


ATTRAPE RÊVE

TEMPO : sérénade
ESPACE : lit
FLUX : stellaire
POIDS : déposé
RELATION : intime

Danse de nuit, à réaliser dans le noir complet. Dans un lit, s’allonger sur le dos en mettant un traversin ou deux coussins sous les genoux.

LA DANSE COMMENCE

Le pli des hanches est détendu, les fessiers laissent aux jambes la saveur d’un posé en ouverture, les lombaires oublient peu à peu leur cambrure, la tête est de l’un ou l’autre côté, les bras le long du corps. Les orteils supposent un rythme discontinu par des « frotter » et « écarter » entre eux. Quelques fois, avec parcimonie, on peut, appuyer ce chant de furtifs pianotés d’index sur le sol si la paume face la terre, sur le côté si la paume face l’interprète ou sur le plafond si la paume face le ciel. Comptabiliser cet « impromptu » pour qu’il égale le nombre de 5. À l’aube du dernier, entrevoir un bercement complet du corps de droite à gauche en considérant la peau comme les limites d’une bouteille avec, à l’intérieur, un liquide à précieusement mélanger. Le mouvement est délicat, sans contrôle, dans l’espoir de conserver le relâchement musculaire. On sent le goulot-crâne ajuster son temps au trajet doublement, triplement voir quintuplement plus long du contact entre les parois opposées des jambes. Tempérer les omoplates dans leur motricité pour éviter un « trop volontaire ». Les genoux peuvent se plier, pieds au sol. Poursuivre sur un temps paradoxal et considérer l’espace du lit en hamac. Le gauche-droite corps s’amenuise à mesure qu’il se déploie dans cette assise, mieux, cet allongé. Remercier l’arrivée de la passivité et se laisser, de tout son soi, aller dans le balancier du lit-porteur. De son côté de dépôt, la tête se contrarie, les yeux rencontrent un nouveau paysage. Se permettre de re-définir les formes alentours. Dans notre adaptation à l’obscurité il est maintenant aisé de voir que le chevet « pas si loin » ressemble à une montagne, que la bibliothèque au fond transpire une cascade, que du tapis est une mare et la chambre toute entière, une forêt luxuriante qu’on attrape à l’horizontale, pour ses rêves sans allure de cauchemar.


DES DÉMARCHES, lue par Lucas juste ici

TEMPO : élastique
ESPACE : bureau
FLUX : incertain
POIDS : soulevé
RELATION : anxieuse

Pratique à répéter à chaque fin de mois entre le 28 et le 15 du prochain.

LA DANSE COMMENCE

Prendre une position assise au bureau. Amener la main droite sur la table, agencer doigts et paumes pour former une cavité, vérifier le contact du poignet avec le support. Guidé par le creux, échauffer la totalité du bras par des mouvements circulaires, la pulpe des doigts glisse sur le bois verni ou non, le métal, le plastique ou tout autre composant de la table. Quelques grains de poussières peuvent aider le mouvement en lubrifiant les extrémités. Remplacer les cercle par un travail de diagonales, du centre à la périphérie. Graduer la distance entre le point le plus bas et le point le plus bas. S’arrêter au moment opportun et soulever l’index pour tapoter deux fois, reposer le doigts après exécution. Placer la main gauche au dessus de la table à une distance de deux encyclopédies. A ce niveau là, les ongles ne peuvent s’empêcher de modeler et faire figurer une vague jusqu’au coude. Ces ondulations prennent fin d’elle même lorsque les informations correspondent avec le fichier, compter 45 secondes. Une nouvelle page apparait et fait combiner au corps des mouvements « d’aller chercher » sous le bureau aux connus « recherche de diagonales » et « ondulations ». C’est une mécanique périlleuse, ne pas hésiter à s’y reprendre plusieurs fois en essayant de garder la respiration calme, au maximum de ces capacités. Rendre systématique l’ordre superposé ou bout à bout des mouvements. Tenter deux « aller chercher » puis simultanément un « recherche de diagonales ». Combien de secondes peut on tenir avec « ondulations » continu du côté gauche et les deux autres du côté droit et inversement ? Relire, corriger, risquer, ré-arranger, douter et enchainer le système jusqu’à validation. Une fois validé, vous disposez de quelques heures pour vous demander si vous êtes réellement convaincu. S’en suivra un délai de prise en compte, généralement un ou deux jours ouvrés, dépendant de l’affluence au service, de la rapidité de traitement de vos informations et d’autres calculs tout aussi complexes ou étranges qu’indispensables, entres autres étapes évidemment.

Passé ce délai, si erreur a été révélée, merci de régulariser votre situation au plus vite, par longs onomatopées au téléphone.


POUR TENDRE

TEMPO : soutenu
ESPACE : direct, tridimensionnel
FLUX : sanguin
POIDS : fort, fondation d'une maison
RELATION : confiance

C’est une danse de l’étirement. Comme une plante qui pousse et repousse à chaque cycle. Large polygone de sustentation, conserver sa propre kinesphere. Prendre une douche et porter des vêtements ajustés.

LA DANSE COMMENCE

AAAAAAAAAAHHHHHHHHHH ! Sur le ventre, bras en salamandre, jambe gauche repliée dans le creux du genou droit, oreille à l’écoute. AAAAAAAAAHHHHHHHH ! Debout, mains sur le nombril, grande montée des bras pour étirer la peau jusqu’à la pulpe des doigts. Faire le palmier. AAAAAAAAAAAAAAHHHHHHH ! Balancier du bassin, montrer ses viscères et prendre une respiration gutturale. Les bras peuvent placés sur les cotés pour s’équilibrer. AAAAAAAAAAHHHHH ! Une roue de chaque côté, un équilibre et une grande course au jardin ou dans les escaliers de l’immeuble. Coudes et pieds propulsent, la verticalité assume et porte le soi. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHH ! Au sol, les jambes en ouverture. Pousser les cuisses avec la paume des mains, fermer les yeux et laisser tomber la mâchoire. AAAAAAAAHHHHHH ! Jambes à la seconde, plié profond. Mains en soutien sur les genoux, ouvrir le ventre et laisser la bouche dire son : AAAAAAAAAAAAAAHHHHHHH !