MASSAGE ET OS, Poisson

TEMPO : structuré

ESPACE : une flaque

FLUX : gorgé

POIDS : lourd

RELATION : bétonnée

Danse hommage aux ostéopathes. Face à un mur

LA DANSE COMMENCE

Comme pour chercher les points de tension, lever les mains vers le mur. Se reposer sur la surface. Appréhender le poids du corps que l’on amène jusque dans les paumes. Juger l’état des coudes et apporter fluidité si nécessaire en écartant et libérant le noeud-tension au centre de l’articulation. Affiner sa connaissance de cette prise osseuse, de sa particularité de sphère creuse dans sphère pleine ou sphère pleine dans sphère creuse. Lier cette préhension du mi-bras avec le reste du corps, du bout des doigts au bout des orteils en passant par l’épaule, la présence du dos, l’aplomb du bassin, l’enveloppe des viscères, la stature des genoux, la pince du haut du pied. À la manière du « cracking », générer une légère vibration des vertèbres. Se rappeler la structure de ces palets de corps et d’apophyses. Dans cette activation, mesurer les insertions de la toile diaphragme de ses appuis au rachis à son éventail thoracique. Reconnaitre sa présence à l’avant comme à l’arrière et traduire ce qui connecte les matières molles musculaires aux matières dures osseuses. Continuer la vibration, l’étendre dans le bassin et la tête. Les yeux se ferment, les mains toujours en contact avec le mur. Inventer un bruit à la résonance des frottements, chocs et libérations de l’intérieur. Composer, si l’on peut, une sorte de chant d’ambiance intime de dessous la peau. Pourquoi pas verbaliser, émettre mot sur la manière d’interpréter cette musique. Accentuer de nouveau la vibration, développer l’écho d’un tapé imaginaire sur la couche nue des os. Ne pas s’abandonner, affirmer son poids, assumer ses membres. Le rythme intense force une rupture des attaches des fémurs et des cubitus qui dans leur tombé retirent totalement l’autour du squelette. Ne reste plus que la colonne, la tête et le bassin dans l’action frénétique. On les visualise mouvés dans l’espace de deux mains qui se frottent. À force de micro mouvements dans le lien crâne-atlas, celui-ci est expulsé à l’arrière comme lorsqu’on réussit dans un geste désespéré à libérer un écrou coincé ou encore comme lorsqu’après plusieurs essais on dégaze un bocal en verre. Dans l’énergie de l’impact, le support du bassin est fragilisé, la forme restante – colonne-bassin – se voit, elle aussi, attirée vers le sol. Résister pour prendre le temps d’avaler totalement la chute. À l’arrivée, observer ce nouveau corps éclaté, déformé, mais stable et rester là, éperdu.e dans l’envie d’une prochaine séance.