ATTRAPE RÊVE, Lion

TEMPO : sérénade

ESPACE : lit

FLUX : stellaire

POIDS : déposé

RELATION : intime

Danse de nuit, à réaliser dans le noir complet. Dans un lit, s’allonger sur le dos en mettant un traversin ou deux coussins sous les genoux.

LA DANSE COMMENCE

Le pli des hanches est détendu, les fessiers laissent aux jambes la saveur d’un posé en ouverture, les lombaires oublient peu à peu leur cambrure, la tête est de l’un ou l’autre côté, les bras le long du corps. Les orteils supposent un rythme discontinu par des « frotter » et « écarter » entre eux. Quelques fois, avec parcimonie, on peut, appuyer ce chant de furtifs pianotés d’index sur le sol si la paume face la terre, sur le côté si la paume face l’interprète ou sur le plafond si la paume face le ciel. Comptabiliser cet « impromptu » pour qu’il égale le nombre de 5. À l’aube du dernier, entrevoir un bercement complet du corps de droite à gauche en considérant la peau comme les limites d’une bouteille avec, à l’intérieur, un liquide à précieusement mélanger. Le mouvement est délicat, sans contrôle, dans l’espoir de conserver le relâchement musculaire. On sent le goulot-crâne ajuster son temps au trajet doublement, triplement voir quintuplement plus long du contact entre les parois opposées des jambes. Tempérer les omoplates dans leur motricité pour éviter un « trop volontaire ». Les genoux peuvent se plier, pieds au sol. Poursuivre sur un temps paradoxal et considérer l’espace du lit en hamac. Le gauche-droite corps s’amenuise à mesure qu’il se déploie dans cette assise, mieux, cet allongé. Remercier l’arrivée de la passivité et se laisser, de tout son soi, aller dans le balancier du lit-porteur. De son côté de dépôt, la tête se contrarie, les yeux rencontrent un nouveau paysage. Se permettre de re-définir les formes alentours. Dans notre adaptation à l’obscurité il est maintenant aisé de voir que le chevet « pas si loin » ressemble à une montagne, que la bibliothèque au fond transpire une cascade, que du tapis est une mare et la chambre toute entière, une forêt luxuriante qu’on attrape à l’horizontale, pour ses rêves sans allure de cauchemar.